En 2025 et 2026, le CSJR a organisé une démarche de justice réparatrice et transformatrice sur les abus et le silence au sein de l’Église catholique.
Au total, huit personnes ont participé à ce processus : trois personnes ayant été victimes d’abus au sein de l’Église catholique, une personne ayant commis des abus dans le cadre de ses fonctions au sein de l’Église catholique, deux représentants de l’institution : un prêtre et un évêque, et deux membres de la communauté. La démarche était animée par deux personnes animatrices expérimentées : Chantal Lachance et Raoul Lincourt.
Le thème du silence
Le thème du silence s’est imposé dès les entrevues préparatoires avec les personnes ayant été victimes. Au-delà des gestes subis, c’est le silence auquel elles ont été confrontées en dénonçant ces actes au sein de l’Église catholique qui les avait blessées. Une dimension plus systémique, liée à l’institution elle-même, est alors apparue et devait aussi être abordée. C’est ainsi qu’un volet de justice transformatrice a été ajouté – une approche qui aborde les causes plus profondes d’un enjeu collectif et cherche à provoquer une transformation sociale, d’où la présence de représentants d’Église dans le processus.
Un travail important de préparation et d’accompagnement a été réalisé par les animateurs afin que chaque personne participante puisse tenir un rôle juste et clair dans cette démarche. Les rencontres ont eu lieu à Mascouche et ont suivi les trois étapes habituelles des rencontres de justice réparatrice du CSJR : le récit des événements, le récit des conséquences du crime et les gestes de réparation, puis une rencontre bilan quelques mois plus tard. Ce processus s’est déroulé avec beaucoup de respect et d’écoute entre les personnes participantes.
L’impact sur les personnes participantes
Au niveau individuel, on a pu observer une évolution chez les participants, qui gagnaient en liberté et en confiance au fil des rencontres. Une humanité partagée s’est progressivement installée. L’écoute et le respect ont créé un environnement sécuritaire permettant à chacun de pouvoir s’exprimer sur les faits et les émotions vécus. À la fin du processus, une connexion plus humaine entre les participants était palpable et une certaine joie de l’expérience partagée ensemble.
L’un des besoins principaux des personnes victimes était la reconnaissance de la violence subie – une reconnaissance qu’elles n’avaient pas eue face au silence de l’institution ecclésiale. Se faire entendre et être crues dans ce processus a pu représenter quelque chose d’essentiel pour elles.
Au niveau de la réparation, des actions symboliques et concrètes ont été posées pour réparer les gestes subis par les personnes victimes : une messe de réparation demandée par les participants et conçue spécifiquement par l’évêque présent dans la démarche, une cérémonie de lavement de pied – effectuées à la demande d’une personne victime et acceptée par l’ensemble des personnes participantes – et la création d’une prière commune. Les personnes victimes ont témoigné que la messe avait contribué à leur réparation.


Les rencontres de justice réparatrice s’adaptent au contexte et aux besoins des personnes impliquées. Les gestes de réparation varient selon les individus et peuvent être mis en place dans la mesure du possible et si tous les autres participants y consentent.
Au niveau sociétal, le besoin de changement et de sensibilisation était très présent pour l’ensemble des participants, avec une volonté commune de faire avancer l’institution catholique au niveau du silence et des abus. La volonté d’en parler dans différents milieux et publiquement a été nommée. Plusieurs ont commencé à le faire dans leur propre réseau.
Une portée qui dépasse le processus
Plusieurs participants témoigneront d’ailleurs lors du Colloque interdisciplinaire sur les violences sexuelles et abus spirituels dans l’Église catholique, qui se tiendra le 2 et 3 juin prochain au Campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke.
On peut espérer que la tenue de cette démarche de justice réparatrice et transformatrice soit entendue à des instances plus hautes au sein de l’Église catholique. Un tel processus peut avoir une portée bien au-delà des personnes présentes : il peut contribuer à transformer des institutions et à changer une culture organisationnelle.
Nous espérons que cette démarche inédite conduira à d’autres initiatives similaires dans l’esprit de la justice réparatrice.
Cet article est issu d’une entrevue avec Raoul Lincourt, animateur de rencontre de justice réparatrice.





